13/02/2010

"SurPrises"

SurPrises !
Des femmes et des hommes posent contre leur cancer
extraits du projet...








L’objet intact

On retrouve parfois, après le naufrage d’un paquebot de croisière ou d’un cargo de commerce, un objet miraculeusement, étrangement intact, flottant parmi les débris méconnaissable de ce qui fut mobilier, coque, machine, pont, outils et vaisselle. Au cinéma, à la télévision, l’objet intact est souvent une poupée, voire un ours en peluche. Sur les photos des quotidiens, ce sera une chaussure, une bassine.
On voit bien que l’objet intact n’est a priori ni indestructible ni même plus solide que les autres. On le croyait insignifiant : malgré sa fragilité première, avoir ainsi résisté lui permet d’acquérir une grande valeur symbolique.
Le cancer est comme un naufrage qui déchiquette , détruit ou fait disparaître bien des objets : nos cheveux, notre travail, certains amis, certains rêves, un organe, notre avenir, une idée de soi, notre immortalité, notre image, …
Alors que, dans l’eau encore agitée, vous nagez tant bien que mal parmi ces débris, vous découvrez, flottant là-bas, l’objet intact : le goût pour les blagues, la joie de respirer l’herbe coupée, le plaisir de dessiner, la force euphorique d’envoyer bouler qui vous déplait, l’audace de vous vêtir de couleurs pétantes, la curiosité pour cette tempête et ce naufrage autour de vous …
Et vous réalisez que vous le saviez : au fond de vous, sous leur apparente insignifiance, ces objets vous ont toujours été précieux, essentiels.
Et parmi eux, la frivolité.
Pour moi, du moins.
La frivolité comme résistance à la maladie. La frivolité pour ne pas se laisser réduire à la survie, au strict et anonyme nécessaire.
Lorsque Dominique Tépé m’a présenté son projet et proposé de le réaliser avec mes « clientes » et les membres de notre association , j’ai reconnu cette si nécessaire frivolité.
C’est vrai, en envoyant à une cinquantaine de ces femmes une lettre leur proposant de participer à cette expérience, j’avais peur !
Peur que l’une me réponde, indignée, à quelle point ma proposition était déplacée, inconsciente de ce que elle, au beau milieu des traitements et des angoisses, vivait…
Mais vingt-trois d’entre elles ont d’emblée répondu Oui, ont reçu notre proposition pour ce qu’elle était : un défi.
Défi envers soi-même, envers sa pudeur, comme le dit l’une de nous, envers notre réflexe de repli, notre besoin de nous cacher … tant que nous nous estimons trop défigurées ;
Défi envers la maladie : nous irons dans la direction exactement opposée à celle où elle nous emmène. Nous opposerons la légèreté et le jeu à sa lourdeur ; nous rendrons beau ce qu’elle détruit.
Défi au regard des autres, qui parfois nous blesse. Défi au regard de ceux que la vie n’a pas confronté à la maladie et qui en ont peur et détournent les yeux.
Défi à la tyrannie des images, tyrannie qui s’exacerbe pendant la maladie … les filles des publicités, les filles des magasines ont deux seins, de beaux cheveux épais et brillants, elles portent des jeans moulants qui ne sauraient cacher une poche de stomie, présentent des épaules indemnes de toute cicatrice de « port-à-cath »…
Défi mais aussi confiance : faire confiance, non plus au corps médical, mais à une photographe et à des maquilleuses qui nous regarderont autrement. Faire confiance à l’art.
Et nous avons eu raison de faire confiance.
Nos textes le disent, ces images expriment ce que nous sommes, et comment nous nous sentons.
Elles montrent ce que nous aimons montrer : que nous ne sommes pas à chaque instant immergés dans le drame, suffoquant et buvant la tasse dans une eau noire et froide ; non, il nous arrive de nous hisser sur un rocher, surtout si on nous y aide, et de prendre le soleil. Nous avons envie de nous amuser, de goûter à l’insouciance, dans le bonheur d’être là.
Comme si l’objet intact, c’était nous-même.

Anne Matalon






J’étais devenue une drôle de bestiole : si fine, si légère, réduite à peu, dépourvue de tout poil ; mon corps semblait s’en retourner vers l’enfance.
Lorsqu’un duvet de couleur indéfinie est apparu sur mon crâne, que j’ai commencé à me sentir revivre, j’ai sorti un appareil photo et, devant la glace, affublée d’un masque d’hôpital et de roses, je me suis fabriqué un autoportrait : un adieu euphorique à la maladie marqué du besoin de garder une trace de ces moments étranges, vite, avant de revenir à la normale.
Alors comment ne pas dire Oui au projet de Dominique ?
Pour moi, la maladie se fait oublier … mais pas au point de laisser filer le temps en toute innocence. La photographie me dit : tu es là, aujourd'hui.
Les clichés de Dominique vont plus loin. Je m’y retrouve à tous les âges. Mes proches ne m’y reconnaissent pas ; moi, totalement !

Anne Matalon










Je suis retournée tous les jours au studio pour assister à ce miracle, il s’est produit à chaque fois : j’ai vu des visages et des corps comme éclairés de l’intérieur, animés d’une grâce insoupçonnée, j’ai vu des yeux remplis d’humour, de gaîté, de volonté, de force, de défi, de tendresse, de générosité de simplicité et de vérité.
Cette expérience humaine m’a bouleversé.Ces moments si forts et si courts ne sont pas près de s’effacer, je les porte en moi, comme une bulle d’amour et de profonde compréhension.

Joelle Bequart








Depuis que le cancer a pris mon sein à l’aube de mes 60 ans, je vis chaque journée comme la première et la dernière de ma vie. Je ne m’imaginais pas ce regard pétillant de bonheur et d’espoir.

Matine Favier








J'ai passé un moment inoubliable. J'ai pris énormément de plaisir lors des séances de photos. J'ai compris que la maladie pouvait rimer avec beauté. Beaucoup d'émotions …
Michèle Derel








Être et paraître

Peut-être suis-je seule à savoir,
Peut-être serai-je seule à le voir,
Mais elle est tout moi cette femme-là,
Assurance, doute, cicatrices et joies.
Deux parures, deux visages,
L'un espiègle, l'autre sage,
Au fond d'un tiroir retrouvée,
Jamais si vraie cette robe ne m'a montrée...
Si, tout au fond, la maladie nul ne change,
Acteurs et spectateurs tous elle dérange.
A l'essentiel, certes, brutalement elle ramène,
A la vérité cependant, si vous l'acceptez, elle vous
mène.

Valérie Chesneau








J’ai voulu montrer aux femmes qui sont ou ont été touchées par le cancer que l’on peut bien vivre après, que l’on peut avoir envie de se faire belle, d’être prise en photo.
J’ai rencontré beaucoup de femmes malades à l’hôpital mais j’avais envie de les rencontrer après, alors qu’elles sont retournées dans la « vraie » vie.
J’avais envie de m’amuser un peu, de faire quelque chose de différent. Et en effet cela a été des moments très agréables, un peu étranges. Prendre le train le matin pour aller à Paris, être maquillée par une maquilleuse professionnelle, dans un studio photo, poser face à une photographe professionnelle …
Au début, j’étais un peu figée, anxieuse : « tu n’es pas belle, ça ne vaut pas la peine de faire tout ça ! ».
Puis Dominique m’a mis en confiance : « après tout, je ne suis peut-être pas si mal que ça ! ». Cela fait du bien d’être vue autrement, de devenir un objet de séduction, une femme. Ce fut un grand plaisir : je me sentais sortie de la maladie qui m’avait rendue si laide.
J’aime ces photos. Elles me ressemblent. Je n’ai pas voulu poser ni me déguiser. Je n’ai pas eu besoin de jouer un personnage. Etre moi, celle que je suis redevenue.

Michèle Luigi








...Il faut apprendre à regarder la maladie en face pour survivre. Il faut lui faire un pied de nez, il faut réapprendre à rire et à vivre.

Gaby Jacobus-Baudier









Tumeur. Ok …on fait la course ?
Tumeur. Oui c’est ça ! Tu vas voir si je meurs !
Tumeur. Tumeur. Je m’arrête pour te regarder dans les yeux :
Personne ne sait d’où tu viens, seulement des rumeurs
Mais c’est ici, qu’avec l’aide des miens
Je t’enterre.


Nicolas Julian










Elle... c'est moi dans le miroir de ton objectif. Tu me transformes !?
Non ! je me révèle dans ton regard et dans le mien.
Je pose en arc-en-ciel sans esquive, je m'inscris dans le plaisir d'être et
de rester... là, ou plus loin dans ma mémoire.
J'irradie avec ironie, je rayonne avec fantaisie.
Je m'applique et m'imprime dans le temps qui m'appartient et dont je ne sais
plus s'il est d'avant ou d'après l'épreuve du passage.


Sonja Morraglia







Lorsque la voûte des cieux s'est éclairée,
Que la lune a mis sa robe argentée,
Que le soleil a réchauffé mon visage,
Que le bleu du ciel a illuminé mes journées;
Alors je me suis levée et j'ai accepté de continuer la vie.
J'ai donné l'oxygène à mon corps meurtri,
La musique a dynamisé mon sang,
et avec plaisir : j'ai respiré
Je respire vivement la vie à venir.

Edith Drouaud







Photographies de mode !
Fallait-il accepter un tel projet ?
Qu’allais-je y faire ?

Eh bien me prendre au jeu, me laisser chouchouter et guider, pour me retrouver l’espace d’un instant dans la peau d’une « star » … sous les flahs et les projecteurs.
La maladie était bien loin en ce jour de janvier.
Oublier les doutes et permettre aux autres de poser leurs regards sur des corps «embellis » et non meurtris.
Quelle revanche … et surtout quel plaisir.
Annie Fossier







SurPrises ! des femmes et des hommes posent contre leur cancer.






Lorsque Dominique Tépé, jeune photographe, a débarqué à L'Embellie pour me présenter son projet, j'ai tout de suite eu envie de soutenir ce dernier et d'y participer. Mais j'ai eu peur aussi ! Comment proposer aux femmes qui fréquentent L'Embellie de participer à un projet de photographies ?
C'était taper là où ça fait mal ...

j'ai pris mon courage à 2 mains et leur ai envoyé une lettre en leur présentant le projet comme un défi : défi envers soi-même, envers le regard des autres, et surtout envers la maladie.
Et elles ont été nombreuses à relever le défi.

Pour la plupart d'entre elles, ce fut une expérience importante : elles y ont retrouvé la confiance, le plaisir de se regarder, l'affirmation du droit à rire ou à être futiles malgré (contre !) la maladie.

Je crois que cette exposition peut vraiment contibuer à changer le regard sur les personnes atteintes de cancer. C'est pourquoi nous aimerions aussi en faire un livre ...
L'aventure continue !

Anne Matalon, créatrice de L'Embellie



Qu'est-ce que SurPrises ?

L’action « SurPrises ! Des femmes et des hommes posent contre leur cancer » a débuté en 2006.
25 femmes et hommes touchés par tous types de cancers ont accepté de participer à la démarche artistique d’une jeune photographe, Dominique Tépé, via l’association Les ateliers de L’Embellie.
Ces personnes (en traitement ou après les traitements) ont été photographiées par D. Tépé en apportant suggestions, souhaits, vêtements et accessoires.
. Il ne s’agit pas de monter des personnes malades mais des personnes qui ont fait un travail artistique en dépassant leur maladie, en y « résistant ».
La réalisation de ces photos a permis à ces personnes de se découvrir et de se redécouvrir belle/beau.
Etre le modèle de telles photos est à la fois un défi (envers soi-même et envers la maladie) et un moyen de revendiquer sa propre beauté, unique, ainsi qu’une plus grande tolérance du regard des autres.
De plus, chaque participant a écrit un texte évoquant son rapport à son image, au regard des autres, à la maladie … et à la vie.



Expositions passées :

- Rencontre des infirmières en cancérologie, mars 2006 Paris (1 jour).

- Ecole supérieure d’audiovisuel, Toulouse, mai 2006 (1 mois).

- Présentation à Nantes, lors des semaines « Art et cancer » de la Ligue contre le cancer, mars 2006.

- www.lemonde.fr/ portfolio, juin 2006 (1 mois).

- Congrès d’onco-gériâtrie, Monaco, 1 et 2 février 2007 (2 jours).

- Paris, Cité des Sciences, du 13 février au 8 mars 2007 (1 mois).

- Ville de Suresne, octobre 2007

- ERI de l'Institut Jean Godinot REIMS, octobre 2008

- Arrivée de la caravane de l'espoir le 20 octobre 2008 à Paris



Perspectives du projet « SurPrises ! »

. Poursuivre les expositions et les rencontres autour de celles-ci.

. Réaliser un livre / catalogue (diffusion services cancéro hôpitaux , …)
Livre fait de témoignages mais aussi de conseils (maquillage, bien être etc...)

. Mettre en place d'ateliers artistiques mais aussi maquillage et bien être
pour les patients.

















L'exposition à l'ERI de Reims

Emmanuelle Pujol, animatrice de l'Espace Rencontre Information de l'Institut Jean-Godinot de Reims nous a fait le plaisir d'exposer nos photographies à l'occasion de l'inauguration de son lieu d'information destiné aux patients atteints de cancer.
L'exposition à la Cité de la santé à la Villette (Paris)
L'exposition au congrès d'onco-gériatrie de Monaco


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